Ma vie de courgette: La vie d’un enfant n’est pas toujours rose

ma-vie-de-courgette-afficheL’histoire

 

Icare, petit garçon de 10 ans surnommé « Courgette » vit avec sa mère devenue alcoolique depuis que son mari les a quittés. Noyée dans l’alcool et passant ses journées à regarder des séries sentimentales à la télévision, elle passe ses nerfs sur son fils qui essaye d’avoir une vie normale, comme un petit garçon de son âge. Parce qu’il a eu la maladresse de faire le bruit de trop, la mère de Courgette se précipite dans sa chambre. Effrayé, Courgette referme brusquement la trappe donnant sur sa chambre sur la tête de sa mère tombant dans l’escalier. « Maman est partie » lui explique Raymond, le policier au cœur tendre en charge du dossier du petit garçon. Devenu orphelin, Icare est confié à un foyer pour enfants,  tous âgés d’une dizaine d’années et eux aussi victimes des aléas de la vie.  Là bas, après une intégration difficile (notamment à cause d’un vilain roux !), Icare se fera des amis et rencontrera aussi la jolie et mystérieuse Camille, nouvelle arrivante dans l’orphelinat, dont il tombera éperdument amoureux d’elle. Notre film suivra le quotidien, la nouvelle vie du jeune garçon tentant de retrouver gout à la vie grâce à l’aide de ses amis mais aussi des éducateurs mettant tout en œuvre pour sortir les enfants de leur triste vie.

 

Fiche Technique

 

Réalisé par Claude Barras

Genre : Animation, Drame

Film Suisse, Français

Avec les voix de Gaspard Schlatter : Courgette

Sixtine Murat : Camille

Paulin Jaccoud : Simon

Michel Vuillermoz : Raymond

Raul Ribera : Ahmed

Estelle Hennard : Alice

Elliot Sanchez : Jujube

Lou Wick : Béatrice

 

Adaptation libre du roman « Autobiographie d’une courgette », écrit par Gilles Paris, Ma vie de courgette raconte l’histoire d’un petit garçon ayant perdu sa mère et accueilli dans un orphelinat. Récompensé au Festival international du film d’animation d’Annecy, ce film d’animation en stop-motion, réalisé par Claude Barras compte bien vous faire ressortir de la salle grandit et plus fort psychologiquement. Attendez-vous à voir un film  pas comme les autres…

 

Une leçon de vie franco-suisse

 

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Ma vie de courgette, est dur mais pourtant réaliste. Ambiance un peu glauque/déprimante dans les premières minutes remplies de désespoir et quelque peu choquantes/incompréhensibles pour n’importe quel enfant de moins de 10 ans. Et pourtant, ces images, tout du moins ce que l’on devine, ce qui nous est suggéré, est une réalité que tout bambin devrait connaitre : dans la vie, il y a des enfants qui n’ont plus de parents et plus de foyer. Alors que certains sont heureux, d’autres sont maltraités, voir abandonnés. Contrairement à tous les autres films traitant de ce sujet, on inverse les rôles (quoique, le dessin animé Rémi sans famille continue encore de me hanter la nuit…). Cette fois, le danger n’est pas à l’extérieur, il est à l’intérieur. Le foyer devient alors le lieu de la maltraitance et de la peur, le monde de dehors est lui vu comme le lieu de la liberté.

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D’une durée d’une heure et six minutes, la première partie de ce film ne sera pas tendre avec les plus sensibles (tenez le coup jusqu’au bout et n’allez pas vous taillader les veines dans les toilettes…pensez aux agents d’entretien). Quant à la deuxième, plus joyeuse, remplie de tendresse, elle permettra de vous montrer que tout n’est pas noir.  De nombreux thèmes sont abordés : l’alcoolisme, la maltraitance sur les mineurs, les diversités sociales, le placement des orphelins en famille d’accueil (je m’attendais à un peu plus de pensionnaires qui sont ici au nombre de 7), l’amour, le sexe (selon les petits garçons : le zizi du garçon explose pendant l’acte sexuel, la fille n’arrête pas de dire qu’elle est d’accord et transpire beaucoup), l’amitié, la jalousie, la compassion, l’entraide, les relations humaines, l’immigration (la mère d’un des enfants renvoyée dans son pays parce qu’elle est noire).  Quelques stéréotypes un peu agaçants mais rien de bien méchant.

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Nullement question de faire parler les adultes, ce film donne la parole aux enfants dont c’est le point de vue que l’on entend et leur quotidien que l’on suit. Là où il y avait au départ du désespoir, il y a de l’espoir avec de la joie, du rire et des larmes. Ouf, pour un peu, j’aurai quitté la salle devant tant de tristesse. De plus, l’histoire ne se focalisera pas que sur le personnage de Courgette. Tous les enfants logeant dans cette grande maison de campagne ont leur histoire elle aussi traumatisante qui a laissé pour certains de lourds séquelles. Ma vie de courgette dégage ce petit quelque chose d’à la fois mélancolique et poétique. Quelques fois, pas besoin de prononcer de mots ni même d’ajouter de la musique, le silence fait ressentir bien plus de choses.

 

Quand Français et Suisses marchent sur les traces des grands de la stop-motion

 

Coté animation, c’est adorable, c’est coloré, c’est sublime, la stop motion est maitrisée. De quoi prouver une fois de plus que les Français (et les Suisses) sont autant capables que les grosses pointures Anglaises et Américaines. Quand on sait qu’il aura fallut plus de 18 mois de tournage, on ne peut qu’applaudir ce travail monstrueux. Une soixante de décors fabriqués puis mis en couleur, plus d’une cinquantaine de marionnettes avec des déclinaisons de vêtements pour certains, sonorisation (bruitages, musiques, incrustation des voix) pendant huit mois, prise sur fond vert pour y incruster par la suite les nuages, le ciel, etc…, le tout réparti sur une quinzaine de plateaux de tournage.

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En bref, un travail de titan pour toute l’équipe du film. S’entremêlent à l’écran des décors en bois, carton, pâte à modeler, puis des marionnettes (en pâte à modeler aussi) vêtues de vêtements en laine. De quoi rivaliser avec les studios Aardman (Wallace et Gromit, Shaun le mouton, Les pirates). Esthétiquement, c’est unique, les mouvements, la gestuelle des personnages est fluide, le doublage est réussi, sonne juste, naturel. Ce sont des enfants non professionnels qui ont été choisis pour doubler chaque enfants et pour les adultes eux aussi non professionnels, ceux-ci ont été encadrés par des professionnels leur ayant donné un coup de pouce.

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Les personnages créés en pâte à modeler ressemblent à s’y méprendre aux petits bonhommes que l’on dessinait étant enfant. Une grosse tête, un petit corps, des long bras tombant et touchant presque les pieds des personnages, les oreilles en feuilles de chou, le nez et les joues rouge, des cheveux en batailles colorés, les gros yeux cernés (ce qui m’a fait penser d’emblée aux personnages que créé Tim Burton), des petites cicatrices pour certains enfants, le trait de visage est simpliste mais l’émotion, les sentiments que ressentent nos protagonistes résonnent vrai.

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Débordant d’émotion, de moments tendres, de moments comiques (on ne va pas aller jusqu’à l’hilarité), de moments durs (sans vous traumatiser), de moments de détresse émotionnelle, d’interrogations, ce film donne à réfléchir car au-delà de la richesse esthétique, le scénario interpelle. Plus question de vouloir surprotéger les enfants, il faut leur montrer sans dureté que la vie n’est pas toujours rose pour l’être humain, qu’il soit adulte ou enfant. Tout comme les vieux Disney, on va donc vous divertir, vous faire rire, vous éblouir, mais vous confronter à la réalité en vous donnant les clés pour tenir le coup.

 

Au final, Ma vie de courgette est dur mais crédible. A ne montrer qu’aux enfants âgés d’au moins 10 ans. Dialogues crédibles, intelligent, mignon tout plein, tout de modestie vêtu, un régal esthétique (à quand la sortie des répliques des personnages en figurines ?), un sujet délicat abordé de manière juste, des musiques dans le ton mélancolique et joyeux du film (sauf la reprise de Noir désir en fin de film qui m’a re-déprimé), un coté poétique plaisant , une stop-motion maitrisée, une jolie aventure lucrative originale, des personnages haut en couleur et attachants, de la sobriété, du drame (jamais de niaiserie, jamais de trop plein de noirceur), de l’humour, un petit coté enfantin naïf histoire d’être réaliste et des rebondissements. Ça ne respire pas la joie de vivre pendant toute la durée du film, ça n’est pas LE film de l’année, ça n’en reste pas moins une œuvre à découvrir.

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