Pentagon Paper : La presse ne se taira pas

Steven Spielberg en a-t-il finit avec le cinéma de science fiction ? En tout cas, avant d’y retourner avec le très attendu Ready player one, le voila nous plonger dans la reconstitution d’une affaire politico-journalistique en pleine guerre du Vietnam.  Aujourd’hui, vous voila jouer les apprentis journalistes. Tom Hanks et Meryl Streep vous invitent à visiter à leurs cotés la salle de rédaction du Washington Post de 1970.

 

Fiche Technique

 

Réalisé par Steven Spielberg

Genre : Drame, Thriller

Film Américain

Durée : 1h55 environ

 

pentagon paper affiche

L’histoire

 

En 1965, Daniel Ellsberg, analyste, est envoyé sur le front de guerre du Vietnam afin d’y observer l’avancement des troupes américaines. Six ans plus tard, Ellsberg, travaillant désormais pour la RAND Corporation, décide de photocopier en secret les rapports sur le progrès du conflit au Vietnam. Ces documents prouvent que les gouvernements ont cachés au peuple américain la réalité sur l’enlisement du conflit. Avec ces documents pouvant faire tomber des têtes haut placées, il divulgue les informations au New York Times. Seulement, dès la publication, le journal est mit en garde par la justice, sous pression du président Nixon. Interdiction de continuer de publier les archives. Ayant réussi à mettre la main sur les précieux documents, Benjamin Bradlee, rédacteur en chef du Washington Post, tente d’inciter Katharine Graham, la directrice du journal, de donner son approbation pour publier les fameux Pentagon Papers. Problèmes: Katharine doit, en plus de faire face à l’entrée de son journal en bourse, et de son conseil d’administration, trahir la confiance de son meilleur ami Robert McNamara, secrétaire à la défense, directement impliqué dans cette affaire.

 

Une décision historique

 

Vous avez aimé Les hommes du président? Ou plus récemment Spotlight? Ne posez pas le pour et le contre, allez voir sans hésitations Pentagon Paper, nouveau petit bijou du grand Steven Spielberg, prouvant une fois encore qu’il excelle aussi dans du drame politique. Il nous avait déjà fait le coup en 2015 avec « Le pont des espions »  avec…tiens Tom Hanks, encore lui !

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Voila le réalisateur, toujours aux cotés de son acteur fétiche plus charismatique que jamais, culotté, cigarette au bec dans un rôle différent de d’habitude, continuant à nous fasciner grâce à une nouvelle histoire inspirée de faits authentiques. Et si « Les hommes du président » et ce nouveau film étaient liés? Oui, les deux ont deux points communs: ils parlent de l’Amérique des années 70 présidée par Richard Nixon, et du Washington Post.

 

Portrait de la presse d’autrefois

 

Elle était belle la presse des années 70, moins « vendue » et « racoleuse « que maintenant. Mise en scène brillement orchestrée avec son lot de suspense bien accentué par sa musique sublime signée John Williams, un scénario impeccablement écrit (on retrouve John Singer, coauteur du film Spotlight), une reconstitution des années 70 aux petits oignons pour un combat politique qui aura marqué l’histoire des Etats Unis. Avec Pentagon Paper, il est plus que jamais question de parler de la liberté de la presse et sa nécessité de dire la vérité au monde entier. Mais ce n’est pas que ça.

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Pentagon Paper c’est aussi une splendide leçon de tolérance à l’égard des femmes. Une en particulier puisqu’il s’agit de Katharine Graham, directrice du Washington post ayant récupéré le journal suite au décès de son mari. Katharine Graham, surnommée «Katharine la Grande», est l’une des premières femmes à avoir dirigé une entreprise de premier plan aux États-Unis. Une époque où l’homme était encore le dominant, la personne de pouvoir. Quant à la femme, elle n’avait pas son mot à dire. Pentagon Paper est la preuve qu’une femme est autant compétente qu’un homme.

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Spielberg a su capter l’essence même de Katharine Graham, tout comme Meryl Streep, son interprète. Soignée mais d’une maladresse digne d’un Clark Kent, Katharine, on l’aime parce qu’au fur et à mesure de son histoire dans le film, elle va évoluer. Face au doute, aux incertitudes, elle va taper du poing sur la table, remettre tous ses détracteurs à leur place, oser donner son avis et prendre une décision radicale.  Dur de donner son opinion quand on n’a pas travaillé depuis des années et que notre dernier emploi était « organisatrice de soirées mondaines ». Aie, ça calme.  Partant de là, comment va-t-elle réussir à s’imposer ? Pourtant, Katharine, c’est une nouvelle preuve que sans diplômes, on peut réussir, à condition d’être passionné, d’avoir un minimum de connaissances et de vraies valeurs.

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N’allez pas croire que ce sera facile pour ce personnage de prendre une telle décision. N’oublions pas que de sa décision, il y aura risques de lourdes conséquences juridiques avec à la clé : prison, licenciements, chute de réputation, destruction de familles, et destruction de l’héritage légué par son mari à savoir le Washington Post. Rappelons d’ailleurs que le Washington Post est un journal fondé en 1877. Ce journal a une histoire, il ne peut pas tomber aux oubliettes, surtout pas en faisant ce pour quoi il a été construit : dire la vérité aux citoyens contrairement aux politiciens n’ayant aucun scrupule à piétiner avec leurs chaussures chics la constitution.  Du mensonge et encore du mensonge.

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Ici, la presse est montrée de manière réaliste (pas de portables, pas d’internet à l’époque), évoquant un marathon, une véritable croisade qui ne sera pas de tout repos pour nos journalistes. La concurrence entre journaux, les histoires d’intérêts économiques, les pressions du gouvernement et des avocats, les investigations, les rendez-vous secrets avec les contacts, ces petits moments d’humour, puis pour finir en beauté, la visite de la grande salle d’impression du journal avec ces gros rouleaux, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer. Le suspense, la tension sont à leur comble. Du grand art pour Spielberg. Oui on se doute de l’issue de l’histoire, mais on est curieux. Curieux de voir comment tout ça va se passer.

 

Au final, vibrant thriller pour le Pentagon Paper de Steven Spielberg.  Réaliste, instructif, émouvant, interprété des mains de maitres par le duo inédit Tom Hanks/Mery Streep et des acteurs secondaires méritant de se faire une plus grande place dans le milieu (Bob Odenkirk et Michael Stuhlbarg en tête de liste), cette nouvelle pépite parfaitement maitrisée tant d’un point de vue scénaristique que musical, mérite toute sa place aux cotés de Spotlight. A ne manquer sous aucun prétexte.

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