Joker : On laisse pas Arthur dans un coin sinon…

Il a fait sensation à la Mostra de Venise, remportant le Lion d’or plus une standing ovation de huit minutes. Basé sur les origines du personnage de Dc Comics, Joker sort enfin au cinéma et nous allons voir si toutes les bonnes ondes ont eu raison d’exister. En route pour 1981 à Gotham City pour accompagner Arthur Fleck, comédien raté de stand-up basculant dans la folie en devenant un tueur psychotique.

 

Fiche technique

 

Réalisé par Todd Phillips

Genre : Drame

Film Américain et Canadien

Durée : 2heures environ

Interdit aux moins de 12 ans

 

Bienvenue dans la tête du Joker

 

Je me fais des idées ou…ou c’est de plus en plus la folie ?

 

Les crimes ont créé Batman, la société a créée le Joker. Batman est le justicier dont Gotham avait besoin, Joker est le méchant qu’ils méritaient. Depuis tout petit, au travers de sa série animée créée par Bruce Timm, puis de ces films, j’admire Batman. Depuis aujourd’hui, je comprends le Joker (sans pour autant lui donner raison !). Qui ne connait pas encore ce clown psychotique imprévisible prenant un malin plaisir à faire tourner en bourrique un certain chevalier noir résidant dans cette bonne vieille Gotham City en proie à une forte criminalité de jour comme de nuit?

Easter eggs de Batman dans le Joker
L’ombre de Batman plane déjà au dessus du futur Joker.

Cette année, le plus grand méchant de l’univers de Batman et Dc Comics a droit à son premier film solo et celui-ci retracera ses origines, sa transformation.  Je vous le dis toute de suite, la vision réaliste illustrée dans la trilogie Batman de Christopher Nolan colle à peu de choses près à celle de Todd Phillips avec quelques références visuelles à certaines œuvres filmiques liées au Dark Knight.  Depuis plus d’une dizaine d’années, le genre super héros règne en maitre au point d’asphyxier les salles de cinéma. Alors que Marvel continue de nous servir la même recette malgré quelques envies d’originalité ces derniers temps, c’est du coté du label Dc Comics que ce cache tout le caractère complexe du genre. A chaque tentative, c’est le ratage. Cette semaine, Joker sort sur nos écrans et croyez-le ou pas, ce film offre une bouffée d’air au Dc Universe voir carrément de l’univers des super héros devenu presque insipide.

joker 2019 Arthur Fleck remontant les nombreuses marches d'une ruelle alalnt jusqu'à son appartement

Joker n’est pas un blockbuster créé uniquement dans le but de divertir le fan amateur de scènes spectaculaire, encore moins une adaptation classique de comics. D’ailleurs peut-on l’appeler « blockbuster » ? Un drame social plus qu’un vulgaire film de super vilain à la « Venom », voila ce qu’incarne Joker. Il n’y pas de discours politique derrière lui même si le contexte d’effondrement de la société, de fin d’un système et d’un début d’anarchie le laisse penser. Joker est à l’image du message transmis de Taxi Driver. Il a pour vocation de traiter de manière pointilleuse la psychologie d’un futur super vilain déjà merveilleusement illustré dans un certain Dark Knight. On n’oubliera pas la prestation et l’écriture du personnage interprété par Heath Ledger. Seulement ici, on compte bien creuser dans les tréfonds de l’âme du clown pour expliquer le pourquoi du comment.

 

Le pire dans une maladie mentale, c’est que les gens s’attendent à ce que vous agissiez comme si vous n’en aviez pas.

 

Faites entrer…le clown…

 

Aux yeux des autres, il n’était rien. Toute sa vie il a eu la douloureuse impression de ne pas exister. Il existe bel et bien, il se fera entendre en utilisant une méthode radicale jusqu’à plonger une ville entière dans une nouvelle ère, une ère sombre. Depuis de nombreuses années, Arthur Fleck, jeune homme vivant aux cotés de sa mère malade dans un petit appartement miteux, souffre de rire prodromique, un rire se produisant chaque fois qu’il est très anxieux, un rire allant jusqu’à l’étouffer, un rire dément que tout le monde finira par reconnaitre. Arthur ne lâche cependant pas la raison pour laquelle il est né: apporter rire et joie à ce monde sombre et froid. Il rêve de faire son propre one man show mais comment le réaliser avec cette maladie handicapante l’empêchant de vivre ?

Joker 2019 plan sur le dos maigre et blessé d'arthur

Qu’est ce qui c’est réellement passé? Qu’est ce qui ne venait simplement que d’un fantasme?  Todd Phillips a tellement bien conçu son histoire que nous voila sans nous en apercevoir, à voir le monde de la même manière qu’Arthur jusqu’à ce que notre lucidité trouve à un moment que quelque chose cloche et que le point de non-retour, Arthur l’a franchi. Impossible de continuer à le suivre, encore moins à l’apprécier.

Joker 2019 Arthur se colorant les cheveux en vert devant la glace

Amis lecteurs assidus des comics Dc connaissant bon nombre d’histoires mettant en scène le Némésis de Batman, apprêtez vous à être dérouté comme jamais vous ne l’avez été. Trop de mystère entoure le personnage bien que les lecteurs aient eu il y a quelques années une réponse plausible grâce à un certain « Killing Joke » dont une nouvelle version papier et animée sortait respectivement en 2014 et 2016. Pour la première fois on voit l’humain derrière le personnage, assistons à la naissance de sa folie jusqu’au point de non retour : son ascension. Et cette ascension, elle est des plus horribles. Si voir un homme sombrant dans la folie ne vous impressionne plus depuis que vous avez vu les « Vol au dessus d’un nid de coucou », « L’antre de la folie », « Taxi Driver », et « American Psycho », alors vous pouvez voir sans grandes craintes Joker. Si ce n’est pas le cas, si votre curiosité vous pousse à assister à aller voir ce long métrage, allez-y sur la pointe des pieds.

joker 2019 Arthur Fleck écrivant des idées de sketch et pensées dans son journal intime

Joker aurait-il des allures du remake de Maniac ? Ce film qui nous plaçait dans la tête d’un tueur allant loin dans le délire puisque tout en utilisant le procédé de found footage pour plus d’immersion (de quoi donner envie au spectateur de se rendre au commissariat le plus proche à la fin de la séance), essayait de donner des explications sur les motivations du personnage. Joker, sans être aussi hard visuellement bien que comptant quelques séquences très violentes, propose aux spectateurs de vivre une expérience presque similaire. Lors des premières minutes de Joker, nous accompagnons une personne qui nous est sympathique malgré de graves problèmes mentaux. Une personne abandonnée par la société, une personne qui sera trahie par des gens qu’elle pensait digne de confiance.

joker 2019 Arthur Fleck se prépare à entrer sur le plateau de son émission télévisée préférée

Les marginaux, les inadaptés, ceux dont le système ne veut plus et abandonne, Joker est effroyable, possède une violence psychologique très forte, dresse le portrait réaliste de notre monde actuel. Un monde individualiste ne laissant aucune chance à ces personnes, un miroir de notre société où violence physique, verbale et psychique sortent de ces laissé-pour-compte incapables de trouver une autre solution pour se faire entendre.

joker- 2019 Arthur souriant

Ce qui frappe le plus dans Joker, c’est l’interprétation de Joaquin Phoenix. Elle est authentique, elle prend aux tripes, ne parait jamais superficielle. Son Joker est noir et triste, tendu vers la tragédie et bien entendu, la folie. Vous allez éprouver un réel sentiment de compassion à l’égard de ce personnage, assistant de façon impuissante et injuste à sa déchéance. Au départ, Arthur Fleck est quelqu’un de bon avec un cœur en or mais il souffre, il est fragile.

Joker 2019 Arthur maquillé en clown souri dans son ascenseur

Ce genre de type introverti incapable de se défendre qu’on voudrait aider, épauler, encourager, réconforter, ces losers timides perdus à la posture courbée, à la bienveillance coulant dans les veines et cherchant désespérément à faire rire pour cacher leur souffrance sont les proies favorites des personnes malintentionnées. Pas de bol, il a fallut que ça tombe sur un mec sympa prenant soin de sa maman adorée. Joker, comme tant d’autres avant lui frappe où ça fait mal, tire lui aussi la sonnette d’alarme pour que les dirigeants des sociétés du monde entier se réveillent et comprennent que ceux qui sont isolés, mal soigné, mal encadré, souffrant de gros troubles psychologiques invalidant, ces personnes introverti qui ont toujours fait éponge, retenant leur colère et qui à force d’être continuellement asticoté finissent par exploser, ce sont eux qu’il faut aider.

Joker 2019 Arthur en tenue de clown danse dans les escaliers

Dans ces moments là, il faut user de la méthode Timon : Quand le monde se met à te persécuter tu te dois de persécuter le monde. Arthur a toutefois mal utilisé les conseils du suricate du Roi Lion. Ne choisissez pas la méthode Joker, elle est beaucoup trop extrême. Partant de là, le modèle que fut Arthur aux débuts de sa présentation, n’est plus un modèle à suivre.  Arthur Fleck n’est pas un modèle à suivre, je répète, Arthur Fleck n’est pas un modèle à suivre!

Joker 2019 reflet du miroir

Au passage, parce que nous évoluons dans l’univers de l’homme chauve-souris, « Pourquoi  le Joker voue une haine sans bornes à Batman ? », Joker répondra à cette question.  A la fin de la séance, j’en venais à me demander si j’étais vraiment allé voir un film du DCU. Difficile de l’installer parmi les autres œuvres voir même dans le registre des films de super héros. Joker, sans faire du hors sujet, est presque à part de l’univers cinématographique de Dc pour la simple et bonne raison qu’en toute objectivité, sur tous les plans, il est supérieur à tout ce qui a été fait jusque là. Nouvelle ère pour le genre super héroïque? Fan ou non, impossible de passer à coté de cette œuvre si fascinante et belle « malgré son sujet glaçant » forçant à reconsidérer tout ce que le monde des héros en collant a à offrir.

 

Je pensais que ma vie était une tragédie. Maintenant, je réalise que c’est une comédie.

 

Au final, même s’il n’invente rien, même s’il a de grosses allures de remake déguisé de Taxi Driver sauce Joker, force est de constater qu’après une prestation si juste et un portrait concordant si bien à l’image qu’on se faisait des origines liées au personnage, la Warner se doit de faire revenir Joaquin Phoenix dans le rôle du Joker histoire de le faire passer à l’action et asticoter le justicier de Gotham. Joker est un bijou du septième art, fascinant, immanquable, accompagné par une magnifique touche esthétique, d’un choix de chansons collant à merveille à notre héros, des petits clin d’œil parfois subtils à l’univers Batman, un doublage français de qualité, des mélodies gracieuses, d’autres oppressantes comme l’était la musique du « Shining » de Stanley Kubrick. Une pièce unique dans le monde des super héros. Récompense, ovation et bonnes ondes méritées.

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